Des animaux, des plantes et des hommes

Couverture du livre de philippe Labre

Des animaux, des plantes et des hommes

Je souhaite apporter une réflexion à un niveau fondamental, liée à l’utilisation pratique des plantes médicinales en élevage. L’observation biologique, médicale, agronomique, écologique et sociale qui est le quotidien du vétérinaire rural permet (…) d’avoir un poste d’observation privilégié sur les processus du vivant.

Ayant, en tant que vétérinaire praticien, utilisé pendant plus de 30 ans et comparé les avantages et inconvénients des produits de santé, issus de la synthèse chimique et issus du règne végétal, je pense pouvoir apporter une contribution liée à la pratique de terrain(…). Les méthodes alternatives sont très peu utilisées et mal connues des experts officiels, ou elles le sont avec leurs critères, souvent mal adaptés. La suspicion généralisée de la majorité des experts officiels et leur attitude dubitative face à l’activité des plantes médicinales traditionnelles, montrent leur méconnaissance du sujet. (…)

Actuellement, dans la concertation (…) avant élaboration d’une réglementation, ce sont surtout les tractations lobbyistes qui prévalent. Les considérations d’ordre biologique sont souvent secondaires ou ignorées. Chacun essaye de tirer la couverture à soi, au mépris d’une analyse d’un niveau supérieur, intégrant l’intérêt général et environnemental. Les évolutions réglementaires sont actuellement orientées vers un formatage excessif, tendant de plus en plus vers de l’abus de pouvoir administratif. Elles sont largement déconnectées des problèmes et des besoins du terrain, en particulier celui de rester efficace avec un niveau élevé de sécurité pour les animaux et les consommateurs, pour un coût modéré : impératif aigu en élevage des animaux de rente.

Dans toutes les professions, la lourdeur des cadres règlementaires imposés est actuellement ressentie comme une tendance lourde, nuisible à la sérénité professionnelle et souvent à l’efficacité, à l’économie, à la préservation écologique, et même à la logique et au bon sens.

 

Quelques exemples :

La législation entrave la commercialisation de produits naturels sans danger, au profit des produits de synthèse munis de brevets et d’autorisation de mise sur le marché (AMM). Mais les produits de synthèse sont d’une utilisation lourde de conséquences pour la santé, les équilibres écologiques et l’environnement. La réglementation des semences impose, suite à la pression lobbyiste, l’utilisation de semences nécessitant le paiement de royalties aux semenciers. Cette réglementation interdit de plus en plus le recours aux semences paysannes libres. La réglementation des produits de santé favorise les molécules de synthèse, munies des sacro-saintes AMM. Mais, ces réglementations présentent de nombreux inconvénients et entravent l’utilisation de méthodes naturelles, efficaces et bien tolérées (...).

La motivation essentielle de ce durcissement est le poids croissant des structures règlementaires. Mais les motivations de celles-ci sont souvent opaques et parfois opposées à la demande sociétale. Certaines décisions vont dans le bon sens, mais d’autres, imposées ou négociées auprès des décideurs par les lobbys, sont contraires à l’intérêt public. Derrière cette évolution, on reconnait le poids des experts, eux-mêmes étroitement formatés intellectuellement et trop souvent liés aux lobbys dont ils sont issus. Un principe de précaution obsessionnel est aussi une des causes de cette évolution contestable. Le refus de la mort dans nos sociétés occidentales est à l’origine d’un principe de précaution hypertrophié, par ailleurs très variablement appliqué suivant les domaines économiques (Quid du nucléaire ? Du téléphone portable ? des nanotechnologies? Du Médiator ? De l’alimentation industrielle et ses liens avec les maladies dégénératives telles le diabète, l’hypertension ? Etc.)

Le monde vivant est par essence évolutif, variable, adaptable, non homogène, non formatable d’une manière stricte. On essaye actuellement de lui appliquer des normes de standardisation et de validation étroites, exigeantes et onéreuses, de type industriel (…). L’étude statistique est considérée comme indispensable à la validation. En revanche, l’observation clinique du professionnel de terrain est dévalorisée, même si elle est particulièrement probante et répétée. Le monde scientifique veut des preuves statistiques sur des lots, pas des observations individuelles considérées comme douteuses et hasardeuses.

Pourtant, il faut rappeler que les grandes découvertes sont le fruit de l’observation et du questionnement sur des observations au départ isolées : non de la statistique. Dans le domaine des plantes médicinales, les acquis de la tradition sont d’une manière générale d’une extrême fiabilité. Ils sont confirmés depuis 50 ans par les sciences liées à la phytothérapie médicale, à la toxicologie végétale, à la phyto-pharmacologie, qui précisent les connaissances empiriques issues de l’observation. Quelques plantes ont été mises hors-jeu par cette étude scientifique, ce qui confère une sécurité encore accrue à celles qui ont été validées. Les plantes à risques sont également connues, elles doivent être traitées dans un cadre différent, avec des contraintes accrues, d’utilisation restreinte, strictement réservée aux professionnels diplômés et formés. (…)

Quelles sont les possibilités majeures actuelles d’action sur la santé, en dehors des actions préventives consistant à diminuer les risques ? Nous allons comparer les plantes médicinales et les médicaments de synthèse et leur compatibilité naturelle avec le vivant, c’est-à-dire leur biocompatibilité.

Les plantes médicinales :

  • Elles possèdent toutes les caractéristiques de biocompatibilité : Synthèse autoprogrammée, autorégulation, liaison et dépendance à l’écosystème, capacité de reproduction. On peut résumer ces propriétés par le terme de « forces structurantes du végétal ». Si on ne peut totalement l’expliquer, on constate que ces forces structurantes du végétal sont conférées d’une manière constante et intense au règne animal, quand celui-ci les utilise ou les consomme. En particulier, les plantes médicinales agissent essentiellement en améliorant l’efficacité métabolique et en rééquilibrant les fonctions biologiques des animaux et de l’homme. On peut avancer l’hypothèse qu’une substance naturelle complexe, issue du vivant végétal, par son origine, ses fonctions et son activité biologique, son analogie biochimique, possède une action également sur les animaux avec un niveau de biocompatibilité supérieure à celle d’une molécule de synthèse, ou à celle d’une molécule végétale raffinée jusqu’au stade mono-moléculaire, isolée et sortie de son contexte, ou à un analogue synthétique de molécule naturelle.
  • C’est par l’observation et l’utilisation empirique pendant des millénaires, que le statut de plante médicinale est conféré à une sélection de plantes ayant ces potentialités. Les plantes les plus utiles et efficaces se sont ainsi détachées du lot des autres végétaux, qu’ils soient alimentaires, inactifs ou sans intérêt sur la santé, ou toxiques. On ne peut remettre en question cette sélection d’un intérêt inestimable, qui est un acquis inaliénable et universel de l’humanité. La légitimité d’une démarche de remise en cause de ces connaissances traditionnelles n’existe pas, quels qu’en soient les prétextes.
  • De plus, les végétaux sont dégradés dans l’environnement. La nature est faite pour les recycler, comme toute substance biologique.

Les médicaments de synthèse :

Leur rôle est de combattre et de tenter d’éliminer des symptômes, des maladies ou des microbes. Le médicament de synthèse n’est nullement régulateur, mais antagoniste, (éventuellement palliatif) donc il ne participe pas à maintenir la capacité d’équilibre. Le terme « allopathique » lui est appliqué: il s’agit de créer des effets contraires à ceux de la maladie, mais pas d’aller dans le sens de la physiologie. Les médicaments de synthèse sont des créations artificielles, issues d’une recherche aléatoire (10 000 molécules pour une retenue), des substances sans passé, (et relativement sans avenir puisqu’en moyenne leur durée d’utilisation est de 25 à 30 ans avant qu’elles ne disparaissent). La suspicion envers ces substances d’utilisation fugace est constante, de la part des agences d’évaluation et du public. Elle est entretenue par un certain nombre d’affaires ou de bavures graves.

Au regard de leurs inconvénients, (toxicité plus ou moins importante, effets secondaires, contre-indications, évaluation insuffisante malgré des études d’une extrême lourdeur, études d’évaluation non neutres menées par les firmes souhaitant les commercialiser, rémanence dans l’environnement et écotoxicité, etc.) elles nécessitent une étude approfondie et une pharmacovigilance qui n’apportent pas des garanties totales. Leur biocompatibilité n’est pas bonne, ces molécules sont étrangères à la vie. Il n’est pas étonnant que leur mode d’action soit essentiellement antagoniste. Elles sont d’ailleurs également souvent plus ou moins toxiques, ou agressives pour les organes, ou bien elles perturbent les processus biologiques fondamentaux. Les médicaments de synthèse ne devraient être utilisés que quand ils sont réellement efficaces (les experts indépendants contestent l’intérêt de nombreuses molécules commercialisées) et quand il n’y a pas d’autres solutions plus légères, ou ayant une action à un stade préalable à la maladie.

En pratique, la très grande majorité des professionnels médicaux diplômés ne connaissent que les médicaments de synthèse, et n’utilisent que ceux-ci. Il s’agit d’un paradoxe majeur de notre époque, dû au formatage extrême des études médicales, au scientisme médical et à l’action lobbyiste des intérêts en jeu. Les substances chimiques de synthèse, (produits phytosanitaires, engrais chimiques, additifs alimentaires, substances chimiques dans l’habitat, rejets industriels, chimie du pétrole, médicaments, etc…), après quelques dizaines d’années d’utilisation intensive, montrent d’une manière déjà préoccupante les nombreux inconvénients qu’elles entraînent au niveau de la vie végétale, de la vie animale, de la vie du sol, de la biologie, de la santé, des eaux de surface et des nappes phréatiques, de la biodiversité. Plus largement, leur utilisation massive entraîne des perturbations des équilibres biologiques complexes, normalement autorégulés, qui semblent perdre sous l’action des substances de synthèse, la capacité vitale de régulation, qui est une caractéristique fondamentale du vivant et de sa préservation. (…)

Les besoins primaires de la santé sont d’avoir une analyse permettant la maîtrise des risques, et une action d’amélioration de la réactivité et de l’efficacité des fonctions physiologiques, ce que font remarquablement les plantes, par leur origine vivante et leur biocompatibilité. Les médicaments de synthèse ne sont actifs que sur la maladie déclarée, ou palliative d’un risque. C’est une action en bout de chaîne, après échec des actions précédentes. A ce moment-là, elles deviennent parfaitement justifiées et parfois indispensables pour préserver la vie. Face aux besoins actuels de l’élevage et à l’évolution de la demande de la société, la règlementation ne peut évoluer en sens inverse de l’histoire.

Le vivant n’est pas formatable. Vouloir tout contrôler et normaliser est une déviance intellectuelle que le praticien du vivant doit combattre. Il faut refuser que les plantes médicinales, d’utilisation millénaire, soient soumises à un niveau d’exigence réglementaire incompatible avec leur utilisation au quotidien, alors qu’elles apportent des solutions cohérentes d’une remarquable efficacité et d’une innocuité avérée.

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