L'indignité de l'élevage

Cochons élevés dignement

Il était une fois un cochon

Il était une fois un cochon. Notre cochon n’avait pas de nom mais un numéro de série enregistré dans une puce, incrustée dans l’une de ses oreilles. Sa maman était une truie reproductrice, issue de soigneux croisements génétiques et dopée aux œstrogènes et autres hormones, qui lui permettaient de mettre bas près de 25 porcelets en moyenne. Comme ce petit cochon naquit sain et bien rose, on ne le tua pas tout de suite, contrairement à ses frères malformés et moins grands. A peine sorti du ventre de sa mère, le porcher le prit avec lui et, malgré les cris et les protestations du petit cochon, le castra, lui coupa la queue et lui lima les dents. Il put ainsi retourner près de sa mère et téter sans lui abîmer les mamelles.

Pour s’assurer qu’il puisse grandir rapidement et qu’il n’y ait aucun problème à l’allaitement, sa mère est maintenue immobile, couchée sur le flanc pour qu’elle ne l’écrase pas. On lui administre des antibiotiques pour prévenir l’infection de ses mamelles. Vingt et un jours plus tard, le petit cochon fut séparé de sa mère. Elle était déjà en condition pour recommencer à porter 25 autres petits cochons. Lui était grand maintenant. On le mit donc dans un box dans lequel il pouvait à peine se mouvoir. Sa nourriture était déversée automatiquement dans son auge, grâce justement à la petite puce électronique qu’il avait dans l’oreille. Le petit cochon commença à déprimer : il vivait confiné dans le noir et une chaleur infernale, avec le bruit assourdissant de la ventilation et noyé dans une atroce odeur d’excréments, d’ammoniac, sans voir ni toucher ses petits camarades. La chaleur était justifiée par le fait qu’ainsi il ne gaspillerait pas d’énergie à se réchauffer. L’absence de contacts avec ses autres congénères permettait d’éviter la transmission des maladies. Mais voilà, un cochon est un animal hyper-sensible, on donna donc des antidépresseurs au cochon, mais aussi de manière préventive des pré-mélanges médicamenteux incluant des antibiotiques : car les précautions prises ne suffisent pas pour éviter les maladies. Durant 6 mois, notre cochon devenu adolescent, nourri ou plutôt gonflé avec des aliments hyper-énergétiques, grossit. Il grossit grâce aux cocktails de vitamines et additifs que les producteurs d’aliments ajoutent à sa ration journalière à base de tous types de déchets de l’agro-industrie: industrie des agro-carburants, industrie de l’huile, amidonneries, brasseries, etc. Il y a quelques années encore, on lui aurait donné des farines issues de cadavres d’animaux, mais ce n’est plus possible[1]. Après 6 mois de ce régime, le petit cochon est devenu très grand, il pèse maintenant près de 120 kilogrammes. On le conduit donc en camion à l’abattoir robotisé, où il recevra une décharge électrique avant d’être saigné et transformé en pièces de viande ou charcuterie. Quelques jours plus tard, il sera sur les étals des supermarchés, prêt pour que vous l’achetiez. Ce récit sinistre de la vie infligée à l’un des animaux qui nous est le plus familier, est issu de l’enquête que rapporte Isabelle Saporta dans Le livre noir de l’agriculture[2] avec force détails. Elle ne s’applique d’ailleurs pas seulement aux porcs : tout animal élevé en batterie vit dans de telles conditions. Non seulement ces conditions de vie relèvent de la maltraitance animale, mais elles entraînent des conséquences sanitaires et environnementales graves. Les antibiotiques, hormones et autres antidépresseurs se retrouvent dans notre assiette et le lisier et les déchets font office d’assaisonnements polluants pour l’eau et les sols. Le retour à plus de sens commun dans l’élevage est indispensable pour une gestion du cheptel respectueuse des consommateurs, des animaux, de l’environnement mais aussi des éleveurs. Diminuer la taille des élevages, diversifier les races, exiger que les animaux vivent à l’air libre et dans de bonnes conditions n’est pas une hérésie économique.

Elle relève du bon sens : ni les animaux, ni les plantes ne peuvent être produits sur le mode industriel, sans conséquences dommageables.

Alors, au lieu de jouer aux apprentis sorciers, il serait bon de revenir à un peu plus de mesure concernant l’élevage et cesser de considérer les animaux comme de simples produits. En réorientant les subventions agricoles vers la reconversion des élevages industriels en élevages bio et de petite taille, l’Etat diminuerait la consommation vétérinaire de médicaments favorisant la résistance aux antibiotiques qui se retrouvent dans l’assiette des consommateurs, rendrait à la viande ses qualités gastronomiques et nutritives. Cette politique revaloriserait et humaniserait le travail des éleveurs, rendrait leur beauté à des espaces défigurés par l’érection de ces usines à viande ; elle éviterait de noyer des territoires sous des marées de lisier aux odeurs pestilentielles, contaminant gravement les  nappes phréatiques et souillant les côtes bretonnes avec les algues vertes.

 

[1] La commercialisation de farines animales a été interdite après le scandale de la vache folle en 1990.

[2] Soporta, Isabelle, Le livre noir de l’agriculture biologique, Comment on assassine nos paysans,

notre santé et l’environnement, Paris, Fayard, 2011.

 

4 minutes pour comprendre le poids de la viande sur l'environnement

A l'occasion de la journée sans viande Le Monde difuse sur son site une vidéo de 4 minutes très claire sur l'élevage intensif dans le monde et ses conséquences sur la planète.

Retrouvez là ici.

 

 

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